Le 16 février dernier, Monsieur Thomas Lesourd, lors de la dinette myspace première édition, ne buvait que de l'eau... Depuis j'ai appris
qu'il aimait aussi le vin blanc et les moules...
Je sais, tout ceci est sans intérêt concernant le cinéma, mais c'est un petit clin d'oeil à quelqu'un d'attachant, bourré de talent, et doux dingue rêveur comme je les aime. Sur MSN et ailleurs...
Occupé dans sa chère Normandie le 6 juin au soir, Thomas ne pourra être des nôtres pour la seconde édition, mais ce n'est que partie remise, refaire le monde cinématographique avec lui, c'est prévu
et il faudra plus d'une journée... Alors RDV est pris l'ami... On se revoit viteeeeeeee !
En attendant, la visite de sa page myspace et la découverte de l'univers d'Howard Season 1 s'impose ! Réalisateur, comédien, touche-à-tout au regard insondable et
troublant, Thomas sait ce qu'il veut faire de sa vie... Il y met toute sa passion et c'est bon à voir, à entendre et... à attendre !
Vivement Howard, la série déjantée tout droit sortie de son cerveau en ébullition permanente...
C'est parti pour les questions !
La première peu sembler
simple. Mais y répondre honnêtement sous-entend que tu sois bien dans ta tête, planté droit dans tes baskets !
Thomas, dis-moi, en quelques mots, ton métier te rend-il heureux, ici et maintenant ? Parfaitement, même si c'est un peu difficile de vivre ET de
mener à bien des projets personnels, c'est un métier complètement dingue que de faire vivre ses rêves et ses fantasmes sur un écran. Je fais des films que j'aime, avec des gens que j'aime, je
fais chaque jour des rencontres passionnantes, je visite des lieux incroyables...
J'ai fait les beaux arts et pratiqué pas mal de medias différents, et l'avantage du cinéma, c'est qu'il les regroupe tous. C'est vraiment la définition de l'art total, Il n'y a que le jeu vidéo
qui peut rivaliser avec lui sur ce terrain, mais ce n'était pas une voie pour un type aussi bordélique que moi. Le cinoche me va bien, et je serais très malheureux si je devais arrêter de faire
des films, et d'en voir...
«Vivre cinéma», et pour le cinéma, ça t'es venu quand et comment
?
C'est une histoire en plusieurs étapes. La première c'est vers 8/9 ans, un ami de mes parents me colle devant une télé et me passe une VHS de Dark Crystal,
en me disant que les gens qui avaient
fait ce film étaient les mêmes qui avaient fait le Muppet Show. C'est la première fois que j'ai vraiment pris conscience que les films ne tombaient pas du ciel et que des gens les
fabriquaient. De plus, le film a été un gros gros choc, parce que j'étais déjà, à l'époque passionné de mythologie, le nez collé dans des vulgarisations le l'Illiade et de
l'Odyssée, de la quête du Graal etc... Comme mes parents dînaient souvent chez cet ami, et qu'il avait des goûts cinématographiques plutôt ciblés, c'est chez lui que j'ai découvert
Les
aventuriers de l'arche perdue, Gremlins, Le choc des titans, Le voyage fantastique... C'est à l'époque que j'ai vraiment commencé à m'intéresser à la façon dont on
faisait les films, mais surtout les effets spéciaux, les maquettes, l'image par image...
Les années suivantes, je me suis mis à lire la revue SFX, et à découvrir le monde merveilleux des effets spéciaux qui me fascinait à un point inimaginable. Je passait mes journées à
construire des maquettes, dessiner des flips-books... Jusqu'à l'âge de 12 ans où je me suis pris l'équivalent d'un 15 tonnes à travers la tronche en allant voir Jurassic Parc au cinéma.
je n'avais alors pas encore vu Terminator 2, et les "images de synthèse" restaient pour moi un concept un peu abstrait, des fils de fer dans les photos des magazines. Quand j'ai vu la
scène de l'attaque du T-Rex, mon cerveau a carrément buggué, je n'en croyais pas mes yeux, et je ne réussissais pas à comprendre comment ils avaient fait... Cela m'a tellement secoué que je suis
parti vomir pendant le film, j'ai raté la scène de la course avec les galliminus (les espèces d'autruches débiles) que je n'ai pu voir que plus d'un an plus tard en vidéo...
C'est à peu près à la même époque que la mère d'un ami a commencé à daigner nous prêter son camescope avec lequel on bricolait des films, en général des trucs d'horreur ou des délires en image
par image... J'étais encore persuadé à l'époque que mon métier serait la fabrication de marionnettes ou le dessin animé.
La dernière étape, c'est une journée
de Fête du Cinéma pendant laquelle je suis allé voir le film Ed Wood, de Burton et Mort ou vif de Sam Raimi . La mise en scène complètement folle de Sam Raimi
m'a alors transporté, je me suis retrouvé hypnotisé par les mouvements de caméra, les plans séquences, le visuel ébouriffant du film... Le visionnage de ce film, couplé aux aventures d'Ed
Wood m'ont fait comprendre qu'il n'y avait pas qu'une seule partie de la fabrication d'un film qui m'intéressait. Que les effets spéciaux c'est bien, mais que les cadrages c'est pas mal non
plus, et que le montage était loin d'être inintéressant. Bref, jusque là j'étais contaminé, mais on peut dire que c'est ce jour-là que je suis devenu incurable.
Tu te rappelles le jour
où tu as tenu une caméra pour la toute première fois ? Quelles ont été tes impressions ? Etais-tu ému, excité ou effrayé ?
Depuis le jour où, vers 12 ans, on a commencé à faire nos conneries avec le camescope de la mère de mon ami, je n'ai pas l'impression
d'avoir arrêté de filmer ! Du coup, les multiples évolutions se sont faites en douceur. Je n'ai jamais eu l'impression d'une "première fois" en matière de tournage. A part peut être quand j'ai
fait mon moyen-métrage Les tribulations de Karl Blanchard, parce que c'était la première fois que je filmais dans un vrai studio de cinoche, avec un décor construit pour l'occasion et des
comédiens professionnels... Alors la veille je me suis fait une petite angoisse, en me disant que j'allais merder... Mais dès que je me suis retrouvé sur le plateau, les choses se sont embrayées
et j'ai continué à faire comme d'habitude.
Qu'est-ce qui t'excite le plus dans ton boulot d'ailleurs ? Préparer, réaliser, monter tes images ?
Je trouve le processus de préparation toujours un peu angoissant parce qu'on raisonne beaucoup dans l'abstrait. on parie sur beaucoup de choses pour qu'un certains nombre d'éléments
soient prêts, au même moment, au même endroit pour le jour J... Toute la partie "artistique", de l'écriture aux designs de costumes, de créatures est passionnant, mais la partie "prendre des
rdv/gérer les plannings", je la trouve super chiante.
Par contre, entre le tournage et le montage, mon coeur balance ! Ce sont deux plaisirs extrêmes complêèements différents.
J'ai mis beaucoup de temps avant de pouvoir "profiter" du bonheur que peut apporter un tournage. Quand j'ai tourné Karl Blanchard, j'avais story-boardé moi-même l'intégralité du film et j'ai ressenti
le tournage comme une simple mise en images de ce que j'avais dessiné auparavant. Et j'avoue que je n'ai pas trouvé ça super passionnant. Je passais ma journée à vérifier les dessins, ce que
j'avais filmé ou pas... J'avais l'impression de rayer les produits sur une liste de courses. Le film en a d'ailleurs souffert, je le trouve froid, avec un manque d'énergie flagrant... Je ne
crache pas du tout sur cette façon de fonctionner, mais j'ai juste découvert sur ce tournage que ce n'était pas la mienne.
En
attaquant Howard, j'avais beaucoup plus confiance en moi et je me suis beaucoup plus lâché sur l'improvisation. Je dessine aujourd'hui quelques "plans
stars", pour donner à l'équipe une idée de la texture de la scène, de la direction que j'ai envie de prendre, mais la quasi-totalité de mes scènes sur Howard sont mises en scène à même
le plateau... Je n'ai même pas de découpage pré-établi. Cela m'est arrivé plusieurs fois que quelqu'un me demande combien de plans je tourne dans une journée... Et je n'en ai pas la moindre idée
! Le seul truc de sûr c'est que je dois faire 5 "minutes utiles" par jour, et je m'y tiens.
Evidemment, il y a pas mal d'éléments indispensables pour pouvoir se permettre ça, d'abord je travaille avec une équipe qui me connaît par coeur, avec qui je partage les mêmes références, on a
développé notre propre langage et on se comprend très vite. On a même nommé des types de plans par des noms de réalisateurs... Par exemple, au lieu de dire l'équipe "On éloigne la caméra de 20
mètres, et on prend le visage en longue focale en cherchant à accompagner les mouvements de l'acteur par de légers tremblements", je dis "On va faire un Tony Scott". Et tout le monde comprend. Il
y a aussi le fait de tourner en numérique, qui me permet de griller de la bande sans me préoccuper des ratées... En pelloche c'est pas le même bordel. Le dernier truc, c'est que je suis mon
propre monteur et que je sais parfaitement ce dont j'ai besoin ou pas.
Maintenant, cette façon de fonctionner me permet de laisser les autres apporter leurs idées, de tester des choses extrêmement vite, de "créer des accidents", des imprévus qui enrichissent le
film, et qui me permettent de garder un oeil de spectateur sur mes propres films, de prendre mon pied.
Pour le montage, j'ai toujours adoré ça, et je crois même avant de savoir que ça existait. Quand j'étais gamin, je passais un temps fou avec les Legos. Empiler des cubes pendant des heures pour
arriver à la fin à quelque chose de joli. Dans les logiciels de montage, les plans sont figurés par des sortes de briques qui me font toujours penser aux Legos.
Je suppose que tu as
connu, à l'instart de tous les techniciens que compte ce monde merveilleux qu'est le cinéma (joke), des moments de galère, de doute et de renoncement ?
Bien sùr ! Le plus gros a été pendant le montage de Karl Blanchard, que j'avais estimé à six mois et qui a duré un an de plus que prévu,
à cause de galères de la vie, du boulot etc... Disons que pour moi, le film ne méritait pas autant de temps, je le considérais plus comme un film d'école que comme un "vrai" film, et qu'il ne
méritait pas autant de boulot au vu du résultat final. Attention, je ne crache pas sur le film, et je suis particulièrement fier du visuel du film au vu des moyens qu'on avait (faire un film de
SF Steampunk avec moins de 1 000 euros...). J'aurais seulement voulu y passer moins de temps, parce que dans ma tête, j'avais déjà évolué, j'étais déjà ailleurs...
Comment fais-tu pour relever la tête et foncer, encore et encore ?
Mon père m'a une fois comparé à une sorte de "moine" du cinoche. Et ça m'est resté comme une bonne définition. C'est une des rares choses que je ne remet jamais en question. Je n'ai
jamais eu à relever la tête parce que je ne l'ai jamais baissée... Je crois à 2 000% à ce que je fait. C'est ça le secret.
Ta vie, en dehors des plateaux, en souffre-t-elle ?
Attention, question très casse-gueule ! On reste concentré et honnête !
Je me rend bien compte que
mon implication dans ce métier m'empêche de vivre une vie "normale", que tenir un couple dans cette vie de fou relève du challenge impossible, que je ne ferais sûrement pas d'enfant avant un bon
nombre d'années ... Mais je me suis fait à cette idée il y a longtemps déjà ! Créer est ce qu'il y a de plus important dans ma vie, bien plus important qu'une "vie sentimentale stable". je ne
peux pas vivre sans mettre en images tout ce que j'ai dans la tête, et je n'aimerais pas mourir avec le regret de ne pas avoir tout mis en oeuvre pour y arriver.
Sur un
tournage, racontes nous ce que tu redécouvres à chaque fois ?
L'esprit d'équipe, le côté guérilla
de l'entreprise, qui me plaît comme peu d'autres choses dans la vie.
Un autre truc carrément fou c'est le nombre d'endroits hallucinants qu'on peut visiter pour les tournages en extérieurs. Spécialement quand on fait des films de genre... Pour
Karl Blanchard j'ai
tourné dans une usine de charbon dont certains bâtiments avaient plus d'un siècle... Et pour Howard c'est un festival de lieux hallucinants : sanatorium désaffecté, une abbaye
reconstruite en bibliothèque ultra-moderne, une école de bonnes soeurs, un bar/brocante démentiel placé au- dessus d'un lac, des fermes, des vieux manoirs déjà hantés avant
qu'on y mette les
pieds... A chaque fois qu'on s'installe pour quelques jours dans ces lieux, on se les approprie, on a l'impression qu'ils sont un peu à nous. Surtout que les gens qui nous accueillent sont en
général très généreux sur l'histoire des lieux, leur fonctionnement... Si Howard durait plusieurs saisons, on pourrait sortir un bouquin du genre "le tour de
France d'Howard", qui montrerais à quel point on peut se sentir dépaysé dans un lieux étrange, à quelques kilomètres de chez soi.
Je suppose que sur un plateau, il n'y a pas que des journées avec ! Les jours sans, où le feeling ne passe pas avec les comédiens, les techniciens, c'est quoi la méthode pour bosser quand même
sans piquer une crise ?
Le secret, c'est de s'entourer de gens en qui on a confiance et avec qui
on est certain que l'intérêt du projet passera avant les problèmes d'égos personnels. Je reste aussi assez ouvert aux idées des autres, en impliquant chaque personne dans le processus créatif.
Tout le monde se sent investi et ça empêche beaucoup de frustrations, et ça me permet de trouver des idées quand j'en ai plus, hé hé. Vu que je suis quelqu'un de plutôt calme, quand il y a un
problème, j'essaye de le résoudre calmement, sans m'énerver, parce qu'une crise sur un tournage est toujours mauvaise. Et puis quand ça le fait vraiment pas avec quelqu'un, la réponse est assez
simple, je ne retravaille plus avec lui la fois d'après...
Que
préfères-tu sur un plateau ? Les scènes d'action pure ou intimiste ?
Question difficile... Je vais
biaiser un peu en disant que ce que je préfère c'est quand on raconte l'histoire de façon visuelle, sans passer uniquement par les mots. J'aime donc particulièrement, c'est vrai, les scènes
d'action, mais aussi les scènes d'ambiance, à fort caractère fantastique. Mais filmer un putain d'acteur qui te sort un putain de dialogue, c'est pas mal non plus. Pour l'épisode final
d'Howard, j'ai tourné une scène dans laquelle "le fan" (Julien
Duval) fait un assez long discours à une assemblée. Il s'est emparé de mon texte, et sans en
changer une virgule, lui a donné une profondeur et une substance que je n'avais pas du tout imaginé en l'écrivant... Et je peux pas décemment dire que j'ai pris moins de plaisir ce jour-là que le
jour où on a filmé l'attaque de l'armée des zombies, qui était pourtant un sacré fantasme qui prenait vie sous mes yeux. Bref, c'est difficile ce genre de question avec moi parce que j'aime
tellement tout dans le cinoche que j'ai du mal à trouver un truc plus fort que l'autre...
Au fait, tes références dans ce
métier, c'est qui ?
Le premier, c'est Spielberg. Pour moi c'est le
metteur en scène total. Celui qui te pond un film incroyable avec un sujet aussi débile que "un camion poursuit une voiture". Même ses films les plus médiocres (genre
Hook ou Always) sont remplis d'éclairs de génie. Les
aventuriers de l'arche perdue, Rencontres du 3e type, Jaws, Il faut sauver le soldat Ryan, Minority report, La guerre des mondes, Munich... Il y a une telle intelligence et une telle force viscérale dans sa façon de mettre en scène, une espèce de spontanéité maîtrisée
qui me fascine. Ses premiers films sont toujours d'une modernité absolue, et j'ai l'impression que ses derniers ont 20 ans d'avance sur les autres.
En matière de pure mise en scène,
j'ai le même respect infini pour James Cameron, dont le sens inné de l'image du découpage et de la dramaturgie reste un mystère pour mon pauvre esprit.
Aliens 2, est je crois
un des rares films que je considère comme parfait.
En ce qui concerne l'univers, je me sens plus proche d'un Guillermo del
Toro, des univers de "fantastique total", de fantasy et d'imaginaire. Tous les gens qui travaillent
(bien) dans ce genre d'univers sont des références pour moi, et je ne parle pas que des cinéastes.
Des auteurs comme Neil Gaiman, Tolkien, Alan Moore, Mignola sont plus des références pour moi que beaucoup de cinéastes.
Sans parler de gens qu'on considère souvent comme de simples techniciens, mais qui pour moi sont des artistes majeurs. Des maquilleurs comme Rick Baker, Tom Savini, des
dessinateurs comme Brian Froud, les animateur Ray Harryhausen, Phill
Tippet, des compositeurs comme Jerry Goldsmith, John Williams, Danny Elfman ou Michael Giaccino sont tous des maîtres pour moi.
Je vais parfois voir de très mauvais films juste parce que je veux voir "les maquillages de Doug
Chian"...
Et puis je vais citer en vrac, sans ordre de préférence, ceux que je considère comme des
géants, affirmés ou en devenir : Sam Peckimpah, Jean Cocteau, Tim Burton, Brad
Bird, l'inévitable Orson Welles, Peter Jackson, Jim Henson, les frères Cohen, Mamoru Oshii, Watanabee
("Cow-boy Be-bop"), Katsuhiro Otomo, Paul Greengrass, Alphonso Cuaron, Christopher Nolan, David Lynch, Josh Wheddon, Robert Zemeckis, John Mc Tiernan, De Palma, JJ Abrams, Edgard Wright, Nacho
cerda, Jodorowsky, Carpenter, Mel Gibson, Mario Bava...
Et j'ajouterais tout le bien que je pense
de Zack Snyder et Michael Bay, qui sont deux putain de génies malgré tout ce que voudraient nous faire croire quelques peine à jouir.
Qui aimerais-tu voir débarquer sur un plateau de tournage ?
Joël
Silver, avec une mallette de billets.
Quelle est la place du net dans ta vie ?
Enorme. Tout simplement, 80% des gens qui ont bossé
sur Howard viennent de rencontres sur Myspace, le projet n'aurais pas pu voir le jour sans le web...
Penses-tu que c'est un outil formidable pour «percer» dans ce milieu ?
Pour percer je sais pas,
j'ai pas encore vu de putain de cinéaste sortir directement du web, en tout cas c'est rien par rapport à ce qui se passe dans le monde de la musique. L'avenir nous apportera plus de réponses
là-dessus. En tout cas, c'est difficile de faire sans, et de bosser sans.
Perso, je me
dis souvent : mais comment pourrions-nous vivre sans ?
Et bah tu sais pas si bien dire ! Parce que
je suis retourné vivre chez mes parents, à la campagne depuis quelques mois, j'ai toujours pas pu faire installer internet là-bas et ça me pèse carrément... Je squatte les connections de chez mes
amis quand je passe chez eux, histoire de mettre à jour mes Myspace, répondre à mes mails, me faire des rasades de bandes annonces... Mais je peux pas y passer des heures, tout simplement parce
que je vais pas chez eux pour ça, mais pour les voir, et je me sens carrément handicapé. Mais je devrais me "reconnecter" sous peu.
Dans ta deuxième vie, hors cinéma, qu'est-ce qui compte le plus ?
Mes parents et mes
amis.
Le nirvana, pour toi c'est quoi ?
Un groupe de rock.
La «soirée idéale» de Thomas, c'est... ?
Avec de bons amis, théoriser très sérieusement sur des
trucs que les 3/4 des gens trouvent idiots ("Quel acteur célèbre jouerais nôtre rôle dans notre biographie", "Quelle dictature a les plus beaux costumes") en fumant des cigarettes marrantes.
Avoir des idées de scénarii géniaux qu'on ne fera jamais (le dernier en date c'était un truc de SF avec Sarkozy qui voyage dans le temps...).
Et finir tout faible en regardant des films qu'on apprécierait pas autant si on était totalement clairs (les derniers titres en date de ce genre de trip c'est Dragon wars, ou
Jumper).
C'est
quoi, d'ailleurs, le «truc» de Thomas pour se remotiver, se ressourcer et repartir à l'assaut de son rêve ?
Voir un bon film, ou parfois juste en parler ou matter des photos... J'ai revu juste une image de tournage des Aventuriers de l'arche perdue cet
aprème, ça m'a foutu un énorme coup de boost.
Considères-tu que tu devras passer toute ta vie à apprendre, ou qu'au contraire, tu en sais déjà bien assez sur ce métier ?
Passer toute ma vie à apprendre !!! Encore et encore ! C'est ce qu'il y a de plus passionnant dans les métiers de création. Il n'y a
aucune vérité absolue en matière de cinéma, littérature, peinture ou théâtre. Cela me fait marrer d'entendre des gens te sortir des espèces de vérités absolues du genre "les gens qui filment en
longue focale c'est nul, y'a que le grand angle qui vaut quelque chose", ou "dans les films d'horreur c'est ne rien montrer qui fait peur". C'est ridicule. Le propre de la création, c'est
d'inventer, de chercher des choses. Le jour où je penserais avoir tout compris, je ferais autre chose de ma vie.
La formation proposée dans les écoles actuelles te semblent-elles adaptée à la demande ? N'as-tu pas peur d'un formatage des comédiens et des réalisateurs ?
Avoir peur d'un
formatage, ce serait penser qu'on en souffre pas déjà... Or il suffit d'ouvrir un peu les yeux pour voir que la France occupe actuellement le bas du panier en ce qui concerne l'originalité dans
le cinéma. On apprend à nos réalisateurs comment "bien" travailler,
mais ils ne sont jamais poussés à se dépasser, à chercher des
choses qui n'existent pas encore...
Former de bons techniciens, c'est bien... Mais il ne faudrait pas oublier que le cinoche est un art, et que comme tous les arts, il ne peut évoluer que par de constantes révolutions... Les deux
phases de l'apprentissage en matière de création sont la compréhension des "règles de l'art", leur digestion, PUIS LEUR DECONSTRUCTION !
Et en France on ne pratique que la première phase... Le résultat c'est que tous les jeunes réalisateurs "copient" leurs cinéastes préférés, De Palma, Scorcese, Coppola, Kubrick... Sans
jamais comprendre que ce qui faisait la force de ces mecs était leur côté pionniers, inventeurs de formes.
En ce qui concerne le cinoche de genre aujourd'hui, trop de films ne sont que les pâles copies de films américains d'il y a 20 ans, et font de notre pays un handicapé du cinéma. Et j'en tiens les
écoles de ciné pour entières responsables.
Si tu en avais eu
l'opportunité, tu aurais aimé en intégrer une pour un temps ?
Je suis extrêmement heureux de ce
que j'ai appris aux beaux-arts, et je n'échangerais ces années contre rien au monde !
Quand on te fait un compliment sur ton travail, quand quelqu'un te laisse un mail sur ta page, ou que l'on te confie de beaux projets, comment réagis-tu ? Aux miens d'ailleurs, tu réponds quoi
(hé ouais, je vais enfin savoir ! Mais d'un autre côté, je sais déjà que tu es adorable, accessible et charmant !)
Très bien, il faut bien sur trier les "vrais" compliments des politesses et des mensonges... Et puis parfois, quand un mec te dis
qu'il adore tes films et qu'il te cite que des films que tu déteste en référence, c'est très gênant.
Et à l'inverse, face à une critique, justifiée ou non ? (Là je n'en ai pas... Ou alors une seule : j'en veux plus ! Tournes plus... Joues plus ! Je sais je suis exigeante !)
Bah les
critiques qui se posent juste là pour le plaisir de défoncer ce que tu as fait, c'est toujours un peu énervant, mais au contraire, les critiques justifiées, même très violentes je trouve ça
toujours très bon à prendre, histoire justement d'en apprendre sur mes défauts et essayer d'évoluer ! J'ai rencontré un type il y a quelques années, un matin, dans mon "café/Q.G." à Caen. C'était
une semaine après une soirée de projection de deux de mes films, et il a commencé à m'expliquer à quel point il s'était emmerdé (lui plutôt fan de Woody Allen et de Jarmush
quand moi je parlais du Seigneur des anneaux et d'Evil dead alors forcément...), mais tout ce qu'il disait me paraissait super bien vu, et intéressant. On est restés à discuter
de 11 h du matin à une heure du matin dans ce bar, à parler, et c'est devenu un super ami ! Il déteste toujours autant mes films, mais j'adore les confronter à son regard acide et sans pitié.
Quand une scène d'un de mes films lui plaît, je me dis que j'ai réussi quelque chose...
Ca t'arrive
d'être gêné de répondre «comédien» ou «réalisateur» à la question : «Que fais-tu dans la vie ?» parfois ?
A un moment donné, ça me l'a fait, peut être parce que je mythifiait ces
mots. Maintenant, je suis passé à une phase ou le mot de "réalisateur" ne me gêne plus du tout parce que c'est le seul qui définit ce que je fait. Je fais des films, oui, je suis réalisateur.
Tout comme les gens qui font du pain sont des boulangers... Par contre, "comédien" ça me fait doucement marrer parce que je ne me considère absolument pas comme comédien. Cela m'arrive de me
mettre en scène, spécialement dans Howard, mais je ne fais qu'y dresser une caricature de moi même. Alors oui, je joue, j'essaye de faire au mieux le travail de comédien... Mais je me
considère plutôt comme un comédien amateur.
Quel est le rôle qui t'a le plus apporté jusqu'à présent, en tant qu'homme, en tant qu'acteur ? Celui qui t'a fait découvrir une part de toi que tu ignorais ? Celui qui te fait penser que tu peux
poursuivre dans cette voie, qu'elle est faite pour toi ?
Justement, avant Howard je
n'avais quasiment joué que dans mes films, à part pour quelques apparitions que je ne considère pas comme des rôles, ou faire le pignouf sur scène dans des performances artistiques. Mais
interpréter le même personnage sous la direction de réalisateurs différents m'a carrément intéressé et c'est vrai que l'idée de jouer un autre rôle, pour un autre réalisateur serait une
expérience carrément intéressante.
Au fait tu
attends quoi comme prochain rôle ? Un personnage que tu aurais crée ?
Justement un personnage que je n'aurais pas créé. Un personnage éloigné de celui d'Howard, un truc pour
me surprendre !
D'ailleurs, parle-nous de l'écriture. Je sais que tu as la tête remplie d'idées, de projets ! Vas-y lâche tout ! C'est à toi !
Effectivement... et pas que des films !
Déja, il y a mon premier long, dont je vais attaquer l'écriture et la pré-production dès que la première saison d'Howard sera finie, c'est à dire début 2009.
Inutile de dire que ce sera un film purement fantastique.
A plus long terme il y a un "Roman graphique", un conte mythologique qui parle d'une chasse au dragon, mais dont le véritable sujet est les guerres de religions.
Sinon, j'ai quelques projets en cours, dont l'écriture d'un script Johnathan Perut (un autre réalisateur d'Howard, producteur sur 80% des épisodes), un truc à mystères, dans la
veine des X-files et Lost, on ne sait pas encore si ça prendra la forme d'un long film où d'une mini série... Cela dépendra des éventuels diffuseurs.
Evidemment, si Howard a ne serais-ce qu'un petit peu de succès, et vu le nombre de réalisateurs désireux d'en réaliser, de scripts que nous n'avons pas pu réaliser mais qui sont bel et
bien écrits (dédicace ici pour Esther Pandel, Pee Ash, et Nicolas ! Vous en faites pas, on va les faire ces épisodes) il va falloir se pencher sur le cas de la saison 2 ...
Rajoute à ça la raison pour laquelle je compte rester en Normandie : je suis en train de concevoir un "musée des mythes et légendes nordiques", qui s'ouvrira j'espère d'ici quelques années... Un
gros gros projet donc.
Je regarde la liste au-dessus et je me dis que les 5 ans à venir sont déjà planifiés, ha ha.
Il y a aussi un truc dont je n'ai pas le droit de parler, mais comme ça fait plaisir d'être sur un projet dont je n'ai pas le droit de parler, je le dis "je travaille sur un projet dont je n'ai
pas le droit de parler" !
Je vous laisse découvrir Thomas en images, dans ce qui se rapproche le plus d'un making-of
!
Au fait pour toi, le plus important, ce sont les gens avec qui «tu as fait» ou «ce que tu as fait» ?
L'un ne va pas sans l'autre (bonne réponse de Normand ça non ?). "les gens avec qui j'ai fait" parce que je
bosse depuis des années avec les mêmes personnes, comme une grande famille qui s'agrandit à chaque projet. Et que je n'imagine pas ces projets se monter sans leur participation, de près ou de loin.
Mais "ce que j'ai fait" aussi, parce que j'ai une vision précise de ce que je veux faire, que je ne fais pas de film "pour faire des films", mais bien parce que chaque film que je réalise me tient
à coeur.
Pour simplifier, je répondrais "les films qu'ON a fait".
Partager un
univers, une aventure, est-il plus important, plus intéressant du moins, que de décrocher un bon rôle ou un beau contrat de réalisation ?
Je dirais même qu'il n'y a que ça qui m'intéresse. Alors pour gagner de l'argent ça facilite pas les choses, mais j'en ai rien à
péter. Je veux faire les films que j'aime, sinon rien.
Dans quel état d'esprit abordes-tu tes rôles ? Les prépares-tu tous de la même manière ou cela dépend-il du caractère du personnage, de sa psychologie ? Tu es plutôt «Actor's Studio» ou «impro
sur le tas», à quelques minutes du clap ou des trois coups ?
Pour Howard, encore une fois, comme il
est très proche de moi, je peux me permettre d'improviser comme un sagouin. C'est pour ça que j'aimerais vraiment avoir à bosser un rôle très éloigné de ça, avoir un travail plus profond à
effectuer sur un personnage.
D'ailleurs, parviens-tu facilement à te défaire de la «peau de l'autre» ou te hante-t-il longtemps après ?
C'est drôle parce que pour une vidéo de spectacle dans laquelle je jouais le rôle d'une fille, je m'étais investi à fond pour éviter de "faire travelo", pour que les spectateurs
puissent penser que j'étais vraiment une nana. c'était juste une journée de tournage, mais je m'étais mis "à fond", et en rentrant du studio, démaquillé, en tram, j'ai remarqué que les gens me
dévisageaient... J'avais gardé quelques attitudes "féminines" pendant quelques heures et c'était plutôt cocasse.
L'adage veut
que l'on choisisse ses amis, et pas sa famille. La famille cinéma t'a-elle apporté sur un plateau des amitiés précieuses ?
90 % de mes amitiés sont nées du monde de la création en général, et de la cinéphilie... Je ne travaille qu'avec des amis, ou des gens
qui pourraient le devenir... Donc oui... Pour moi les deux sont intimement liés.
Si tu avais pu intégrer le corps de ton comédien ou de ton réalisateur préféré le temps d'un scène, ça aurait été qui et dans quoi ?
Pour le réalisateur, Peter Jackson le
premier jour de tournage du Seigneur des anneaux. Cela devait être flippant et jubilatoire... Je me souviens qu'à l'époque, je connaissais la date de début de tournage, et que je mattais
par la fenêtre en cours de peinture (j'étais en première année de beaux-arts depuis quelques jours seulement), et je me disais qu'à l'autre bout du globe, y'avait un mec qui devait sacrément
prendre son pied...
Pour l'acteur, j'aurais aimé être
Harisson Ford dans Les aventuriers de l'arche perdue, quand il menace une colonne de nazis de tout faire péter avec son lance roquette... Le jeu est intense, les enjeux aussi,
la situation ultra "pulp"... Et rouler des pelles à Karen Allen le lendemain, ha ha, ça devait être un bon tournage oui !
Pour exercer ce fabuleux métier, penses-tu qu'il faut être :
· orgueilleux ?
Non
· mégalo ?
Oui, et mesurer sa mégalo sans tomber dans l'orgueuil
· schizo ?
Un peu
· un peu timbré ?
Un peu beaucoup.
· exhibitionniste ?
Oui.
· très atteint mentalement ?
Indispensable.
· timide maladif en cours de traitement ?
C'est possible aussi.
· tout simplement inconscient ?
Indispensable aussi.
La suite dans la seconde partie.
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